De Paris à la Provence, en passant par plusieurs années consacrées à la direction artistique dans l’univers de la mode masculine, je me suis progressivement rapproché d’une pratique plus instinctive et matérielle de la création. C’est en 2019 que j’opère un tournant décisif en me consacrant pleinement à la céramique et à la sculpture, trouvant dans le travail de la terre un territoire d’exploration à la fois sensible et intemporel.
Installé aujourd’hui à La Roque-d’Anthéron, au cœur de la Provence, je développe un langage plastique où dialoguent héritage antique et sensibilité contemporaine. Amphores réinventées, têtes sculpturales, formes fragmentées ou volumes totémiques composent un univers qui semble surgir d’un temps indéfini, entre vestige imaginaire et création actuelle.
La matière occupe une place centrale dans ma démarche. Le grès, que j’affectionne particulièrement pour sa présence minérale et sensuelle, est modelé, taillé ou émaillé avec une attention particulière portée aux textures, aux contrastes et à la lumière. Les surfaces brutes côtoient des émaux satinés ou brillants, créant un équilibre entre rigueur formelle et spontanéité du geste.
Entre sculpture, objet et installation, mes pièces interrogent notre perception du temps et de la mémoire des formes, comme si chaque œuvre portait la trace d’un passé possible autant que l’élan d’une création contemporaine.
VINCENT SCHOEPFER
From Paris to Provence, through several years devoted to art direction in the world of menswear, I gradually moved toward a more instinctive and material practice of making. In 2019, I made a decisive shift, committing fully to ceramics and sculpture, finding in the work of clay a territory of exploration that is at once sensory and timeless.
Now based in La Roque-d’Anthéron, in the heart of Provence, I develop a visual language where ancient heritage and contemporary sensibility enter into dialogue. Reinvented amphoras, sculptural heads, fragmented forms and totemic volumes compose a world that seems to emerge from an undefined time — somewhere between imagined relic and present-day creation.
Material is central to my practice. Stoneware, which I am particularly drawn to for its mineral and sensual presence, is hand-built, carved or glazed with close attention to texture, contrast and light. Raw surfaces meet satin or gloss glazes, creating a balance between formal rigour and the spontaneity of the gesture.
Somewhere between sculpture, object and installation, my pieces question our perception of time and the memory of forms — as if each work carried the trace of a possible past as much as the impulse of a contemporary creation.
EXPOSITION
Cynara — Vestiges d’un refus transformé
Abbaye de Silvacane, du 23 mai au 28 juin 2026
Avec Cynara — Vestiges d’un refus transformé, Vincent Schoepfer propose un projet inédit qui explore les liens entre geste, matière et temps, entre héritage antique et regards contemporains. Inspirée de la légende de Cynara, jeune mortelle punie pour avoir désobéi, l’exposition interroge les mécanismes d’un pouvoir qui ne tolère ni le retrait ni la reprise d’autonomie, et qui inscrit la sanction dans les corps et dans la matière.
Les installations composent un parcours entre transformation et résistance. Dans le réfectoire, un champ d’artichauts en grès évoque un corps transformé, rendu muet et durable. Dans le dortoir, une confrontation monumentale redonne à Cynara une présence humaine, face à un pouvoir désactivé.
À travers ce projet, l’artiste rend visibles les récits et les corps dont la parole a été altérée ou réduite au silence, et interroge la manière dont le refus peut être transformé en faute, puis inscrit comme une trace durable.

