Cynara n'est pas le nom d'une fleur. C'est le nom d'une jeune mortelle punie par Zeus pour avoir refusé d'obéir — transformée en artichaut, muette, durable, obstinée. Quand j'ai découvert ce mythe, j'ai compris que je travaillais dessus depuis le début sans le savoir.

L'exposition qui ouvre le 23 mai à l'Abbaye de Silvacane est née de cette rencontre. Pas d'un programme, pas d'une commande. D'une coïncidence entre une forme que je sculptais depuis des mois et une histoire vieille de plusieurs millénaires.

Pourquoi ce mythe, pourquoi maintenant

Le pouvoir s'inscrit dans les corps. C'est peut-être l'une des vérités les plus constantes de l'histoire humaine — et l'une des moins nommées. Zeus ne tue pas Cynara. Il la transforme. La punition n'est pas la mort, elle est la métamorphose : devenir végétal, perdre la parole, rester visible sous une forme que personne ne reconnaît plus comme celle d'un être humain.

Ce que ce mythe dit de notre rapport au pouvoir est d'une actualité déconcertante. La sanction prend la forme d'un corps modifié, d'une identité effacée, d'une résistance rendue muette. Et pourtant — l'artichaut résiste. Il pousse. Il s'ouvre. Il est, en un sens, indestructible.

C'est cette tension que l'exposition cherche à rendre palpable : la beauté née du refus, la forme issue de la punition.

Ce que la matière dit que les mots ne peuvent pas

J'aurais pu écrire sur Cynara. Peindre Cynara. Faire une conférence sur Cynara. J'ai choisi de la sculpter — parce que la matière dit ce que le langage ne peut pas atteindre seul.

Le grès, cuit à 1 260°, porte en lui une mémoire minérale. Quand je modèle la forme d'un artichaut en grès, je ne reproduis pas une plante — je comprime du temps dans de la terre. La cuisson fige le geste, le rend irréversible. Comme la punition de Zeus : ce qui est fait ne peut pas être défait. Ce qui reste, c'est la forme. Et la forme, elle, résiste.

Les sculptures de la série Cynara ne sont pas des représentations. Elles sont des états — des instants de transformation arrêtés dans la matière, entre ce que Cynara était et ce qu'elle est devenue.

Le parcours de l'exposition — réfectoire et dortoir de Silvacane

L'Abbaye de Silvacane est un lieu qui a lui-même traversé le temps. Cistercienne, fondée au XIIe siècle, elle porte dans ses pierres une austérité qui parle directement à mon travail.

L'exposition occupe deux espaces distincts. Le réfectoire accueille un champ d'artichauts en grès — une installation au sol, dense, silencieuse, qui évoque à la fois un jardin et un champ de bataille. On marche autour, jamais dedans. La distance est une règle.

Le dortoir propose une confrontation plus directe, plus monumentale — des sculptures en grès et bronze qui occupent l'espace avec une présence physique que je voulais impossible à ignorer. Le bronze, ici, n'est pas une noblesse de matière. C'est une cicatrice.

Ce que j'espère que vous emporterez

Je ne fais pas d'expositions pour expliquer. Je fais des expositions pour déplacer quelque chose — une perception, une certitude, une façon de regarder une forme familière.

Un artichaut, après Cynara, ne ressemble plus tout à fait à un artichaut. C'est peut-être ça, le seul objectif de ce travail : que la matière résiste un peu plus longtemps dans la mémoire du visiteur que dans le four où elle a pris forme.

Cynara — Vestiges d'un refus transformé Abbaye de Silvacane · La Roque-d'Anthéron 23 mai – 28 juin 2026 Tarifs et informations pratiques : abbayedesilvacane.fr

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